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 En quête d'origines...

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Enthros
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Nombre de messages : 26
Race : Ambrien
Date d'inscription : 20/01/2006

MessageSujet: En quête d'origines...   Dim 22 Jan - 14:29

Le navire filait sur la mer, une douce brise gonflant ses amples voiles. Le soleil couchant projetait son reflet majestueux sur les eaux sombres, mais c'est vers le nord qu'observait l'étrange voyageur. Les quelques marins présent sur le pont savaient que, dans ces moments-là, il n'aurait pas voulu être dérangé. Cela faisait prés d'un mois qu'ils étaient partis d'Arkhes, et ils avaient appris à connaître l'étrange personnage. En vérité, il apparaissait à tous comme un poète lunatique exilé d'un royaume trop barbare pour lui, un être inoffensif aux pensées lunatiques et évanescentes...
...Et c'était exactement ce qu'Enthros cherchait.

Il ne parvenait plus à détacher son regard de l'horizon. Au loin, une faible lueur scintillait par intermittence, telle une étoile posée sur les vagues. Le phare de Cabra...
Le lendemain matin, aux aurores, la "Nymphe océane" accosterait à son port d'attache. Enthros reconnaissait au moins cela à Gérard: c'était sans doute le plus fabuleux marin qu'il eût jamais rencontré. Lui seul avait les compétences et le pouvoir de le mener, fut-ce à son insu, là où il allait... en Ambre. Etrange personnage que Gérard. Loyal, déterminé, puissant, mais si confiant, presque naïf. Tellement différent d'Elle.

Le soleil avait maintenant disparu. Les étoiles apparurent une à une dans les cieux, et une douce lueur sembla descendre sur le navire. Tout était si étranger, si féerique quand on approchait d'Ambre... Même les constellations étaient différentes de celles des nuits d'Arkhes, qu'Enthros connaissait bien. Arkhes. Le royaume maudit. Enthros se remémorait toues ces années qu'il avait passé là-bas. Il se rappelait les grandes steppes battues par les vents, les immenses plaines grises de terre brulée et les forêts d'épineux, seule végétation à subsister après les incendies répétés que la guerre apportait. Ces terres apparaîtraient comme l'enfer pour n'importe qui, et pourtant Enthros ne pouvait s'empêcher une certaine mélancolie à y repenser. Il avait grandi et vécu tant de choses dans cet enfer, quand il ignorait que le monde pût être différend...

Il se souvenait de son enfance, de ses professeurs, de Maître Fentir, cet honorable vieillard qui lui avait enseigné tant de choses et livré tant de secrets, dont certains l'aurait conduit directement au bûcher comme sorcier (qu'il était) en tout autre lieu mais qui, à cet instant, lui étaient apparus naturels.
Il souvenait comment, à l'âge de dix ans, son oncle, le seigneur Argan, l'avait pris sous son aile et lui avait enseigné ce dont il aurait besoin. En Arkhes, la guerre était la seule constante. Une multitude de petits royaumes s'affrontaient incessamment, à coups de razzias, de sièges infructueux et d'escarmouches brutales. Les terres fertiles étaient constamment ravagées par les batailles, seuls les plus résistants survivaient, et n'avaient d'autre choix que d'entrer au service du seigneur de guerre local comme mercenaire avant de mourir de faim. Un pays gouverné par le fer et par le feu. En vérité, toute la structure sociale était basée sur la guerre, si bien que seuls les meilleurs bretteurs et les grands capitaines pouvaient espérer mourir vieux. Même les enfants, souvent fruits de viols, étaient élevés ensemble et confiés dès leur plus jeune âge au seigneur local qui décidait de leur avenir et donc de leur éducation. Enthros avait été éduqué comme capitaine. Ses professeurs lui enseignèrent tactique, art de la guerre, science du commandement, escrime et règles de l'honneur.
Il se souvenait aussi de ces crises d'angoisse, de ces cauchemars qui l'empêchaient de dormir pendant parfois plusieurs nuits de suite, de ces moments où son esprit devenait fou et sa force surhumaine. Au cours d'une de ces crises, il avait même tué un de ses camarades à coups de pierre. Ce n'est que sur l'insistance d'Argan que les professeurs avaient consentis à continuer lui enseigner. Après tout, la mort était si présente partout dehors...
Il se souvenait comment il avait alors découvert, adolescent, cet étrange capacité à changer d'apparence. Par sa volonté, il pouvait modifier la couleur de ses cheveux et de ses yeux, la forme de son nez, de son front... d'infimes détails qui pourtant lui permettait de passer pour un autre. Il comprit alors qu'il avait quelque chose d'unique hérité de ses parents inconnus, qu'une voix intérieure lui intimait de garder secret...
Il se souvenait de ses premières victoires sur le champ de bataille et de la gloire qu'il en tirait. A peine adulte, il ne se rendait pas compte de la brutalité de ses actions. Ignorant, il ne voyait pas le mal à écarteler pour l'exemple et à réduire des prisonniers en esclavage. Il combattait pour l'honneur et pour son seigneur, comme on lui avait appris, sans éprouver la moindre empathie pour ses victimes. En vérité, il avait si bien appris sa leçon qu'il devint rapidement le meilleur tacticien et le plus grand tueur du royaume. Si habile qu'il apparut dangereux même à ceux qu'il servait.
Il se souvenait comment il avait battu et tué sur le champ de bataille chacun des anciens camarades, ces anciens amis éduqués avec lui, et tous les autres serviteurs de son oncle Argan, qu'il connaissait mais qui n'avaient pas hésité à marcher contre lui, au nom de l'honneur et de la fidélité envers leur suzerain.
Il se souvenait de la dernière conversation avec son oncle, de ces révélations tant attendues bien qu'incomplètes sur le secret de ses origines, sur Elle, avant de le tuer de ses propres mains, les larmes aux yeux...
Il se souvint enfin de cette période d'errance, devenu hors-la-loi aux yeux de tous de part le meurtre de son seigneur et prétendu oncle, alors même que ce dernier avait cherché à le tuer. Il avait alors dû apprendre à vivre caché, à mentir, à vivre en état de peur et de fuite incessante. Et durant ces trois années, il compris le malheur des humbles, des faibles, de tous ceux qui subissaient le joug des seigneurs de guerre. Maintes fois il tenta de refaire sa vie parmi eux, et chaque fois ses nouveaux amis finirent tués, parfois même à cause de lui. Ainsi comprit-il que jamais plus il ne connaitrait la sérénité avant de savoir qui il était vraiment...

Les larmes coulaient sur les joues d'Enthros. En s'essuyant les yeux, il vit les nuages découvrir la lune, haut dans le ciel. L'astre, lui semblait-il, était toujours là pour l'aider dans les moments durs. Elle avait été son meilleur soutien en ces longues marches dans la nuit sombre, quand il évitait de voyager le jour pour ne pas être repéré, et elle revenait à lui en ce moment de remémoration de malheurs, comme pour le réconforter. Enthros se redressa, et alla s'accouder au bastingage, observant le pont, songeant que jamais il n'aurait pu imaginer si fier navire en ces temps-là. Et quel capitaine...

C'est lors d'une de ses crises de folie nerveuse, qui n'avaient jamais totalement cessés, que Gérard l'avait contacté. Sans comprendre, il avait vu son image apparaître au beau milieu de ses hallucinations schizophrènes, et avait fini par saisir la main qui lui était tendue. La force peu commune de Gérard l'avait alors tiré en Ambre, au beau milieu du laboratoire, et sa crise cessa immédiatement. Au cours de la longue conversation qui s'ensuivit, il apprit ce qu'était Ambre, qu'Arkhes n'était qu'une des innombrables ombres qui l'entouraient, et qu'il faisait vraisemblablement partie de la famille royale puisqu'un atout à son effigie existait. En vérité, il en apprit bien plus de Gérard que l'inverse, un sentiment caché au plus profond de lui-même lui interdisant de révéler certains détails.
Lorsqu'il en sut assez et qu'il commença à appréhender les conséquences tant métaphysiques que politiques de ces révélations, il comprit qu'il était arrivé dans le lieu à l'origine de tous ses questionnements et de tous ses problèmes, mais un lieu ou ses talents de stratège et ses connaissances occultes ne seraient sans doute pas inutiles.
Mais c'est lors d'une courte visite du palais, accompagné de son hôte, qu'il eut son plus grand choc. Au mur, au milieu de la famille royale, Son portrait était accroché. Aucun doute. C'était bien Elle. Il était sûr de La reconnaître bien qu'il le ne se souvenait L'avoir vu qu'une seule fois, enfant.
Il demanda alors à Gérard de le ramener en Arkhes. Celui-ci accepta, à la condition de repartir sans aucun atout autre que le sien, s'assurant ainsi de la sécurité d'Ambre.

Un sourire apparut sur les lèvres d'Enthros. Il avait été si facile de comprendre que le navire qui l'avait ramené en Arkhes repasserait un jour dans l'unique port du royaume. Cela fut presque aussi facile de monter à bord. Qui pourrait reconnaître dans l'humble pélerin qu'il était l'hôte de marque parti d'Ambre il y a plus d'un an ? D'autant qu'il avait mis à profit durant cette année ses pouvoirs de métamorphe. Ses yeux verts devenus dorés, et ses cheveux roux, couleur de sorcellerie en Arkhes comme ailleurs, devenus gris, lui éviterait de trop Lui ressembler...
Le soleil se levait et la lumière scintillait sur les sommets du Kolvir alors que les premiers bâtiments de la ville d'Ambre se profilaient au loin. Dans moins d'une heure, il serait sur la terre ferme.

- Me voici de retour, Ambre. Me voici, Fiona... Mère...


Dernière édition par le Lun 23 Jan - 15:01, édité 1 fois
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Enthros
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MessageSujet: Re: En quête d'origines...   Lun 23 Jan - 14:24

Fentir poussa un long soupir, et, d'un geste las, alluma une nouvelle chandelle qu'il reposa sur la table à proximité du parchemin. Il songea avec mélancolie que bien peu de personnes pourraient lire ces écrits pourtant si précieux. Qui se pouvait se soucier d'apprendre à lire dans ce royaume gouverné par l'épée ? Fentir ne connaissait que trop bien la réponse. Depuis la chute du Grand Empire, personne ne savait plus lire en Arkhes sinon les quelques enfants à qui il l'avait enseigné et qui avaient eu la volonté et l'intelligence d'écouter ses leçons et ne pas les oublier, adultes, pour replonger dans la société d'honneur aveugle et de violence qui s'offrait à eux. Fentir savait qu'ils avaient été rares. Et plus rares encore étaient ceux à qui il avait jugé utile d'apprendre les secrets des sciences occultes.
En vérité, s'il avait su ce qu'ils feraient de ces connaissances, il s'en serait sans doute abstenu. Mais avec le recul, il se rendait bien compte qu'ils utilisaient leur savoir de la manière qui leur semblait la meilleure pour survivre dans ce monde cruel. En vérité, ceux qui n'avaient pas été tués étaient maintenant au service des plus puissants parmis les seigneurs de cette terre. Des mercenaires. Tous... sauf un.

Et pourtant, c'est bien grâce à leurs actions que Fentir avait acquis son statut. Dès que les seigneurs eurent compris sont rôle dans la formation des Sorciers (comme ils furent nommés), ils n'eurent de cesse de courtiser leur mentor. Mais celui-ci avait toujours refusé d'entrer au service de l'un d'eux, se contentant de vivre avec les rares élèves qu'il choisissait dans une ancienne tour à l'ouest du royaume. En vérité, certains tentèrent même de le supprimer suite à un refus, mais ils furent stupides de penser que le vieil homme était sans défenses, et c'est finalement sur eux que le malheur finit par s'abattre...

"Maître Fentir" l'appellait-on désormais dans tout Arkhes.

Il reposa sa plume dans l'encrier et baissa la tête. "Maître Fentir". Comme ce titre paraissait dérisoire au vu de l'échec de la seule entreprise qui n'eût jamais réellement compté pour lui.

Il se rappelait comme si elle avait eu lieu la veille de cette conversation avec sa suzeraine et préceptrice Fiona. Elle l'avait commandité, lui, le plus doué des mages de sa génération pour la mission d'une vie: partir avec son fils en Ombre et s'occuper de lui et de son enseignement jusqu'au jour où elle reviendrait le chercher. Elle avait choisi Arkhes car ce monde barbare permettrait à l'enfant d'acquérir les talents de stratège et de bretteur nécessaires à sa survie aux complots familiaux ainsi qu'un esprit calculateur, froid, méfiant et suffisamment déterminé pour devenir un seigneur en Ambre ou aux cours du Chaos. En fait, Argan, un seigneur local se chargerait de cela tandis que Fentir devrait se charger de lui enseigner des rudiments du grand Art et de veiller sur lui. L'enfant se révéla un élève exceptionnel, qui dépassa rapidement tous ses professeurs, mais demeurait d'une fragilité nerveuse terrible. Plusieurs fois il sombra dans des crises d'une violence extrême au cours desquels il pouvait tuer les personnes proches. Il révélait en effets à ces occasions une puissance tant physique que psychique exceptionnelle qui ne laissait pas de doute sur ses origines ambriennes.
C'était le premier facteur de l'échec. Il avait bien tenté d'en faire part à sa mère lors d'une discrète visite de celle-ci alors qu'Enthros n'était encore qu'un enfant, mais il était déjà trop tard pour revenir en arrière.
Mais la vraie raison de l'échec, c'était Argan. Cet imbécile de seigneur avait pris peur pour sa place devant le pouvoir grandissant de celui qu'il faisait passer pour son neveu, et avait résolu de le capturer ou au pire, de le supprimer définitivement. Ce fut son erreur. A l'issue d'une longue guerre civile, son domaine fut anéanti et il mourut des mains même d'Enthros. Ce dernier rejeta alors en bloc les valeurs d'honneur, de fidélité au seigneur et de bravoure aveugle qui lui avaient été enseigné. Il refusa même toute idée de meurtre tant que de violence physique et s'enfuit dans les régions les plus pauvres du pays. Au contact des ces gens du peuple, il apprit la compassion, parfois l'amitié, mais aussi la haine de l'oppression et de ces seigneurs qu'il avait si bien servi des années durant. Il vécut ainsi misérable et traqué plusieurs années jusqu'à ce que...

Fentir ignorait ce qui s'était réellement passé, mais Enthros était revenu le voir une dernière fois il y a peu. Le disciple était venu faire ses adieux à son vieux maître avant de partir définitivement. Les quelques paroles échangées ne laissèrent pas de doute sur son intention de retrouver ses parents. Bien sûr, le vieux mage suivit Enthros, mais il perdit sa trace à Kerlem, l'unique port du royaume. Ce n'est que trop tard qu'il apprit le passage de la Nymphe océane, navire de la marine marchande d'Ambre..

Le mage roula le parchemin sur lequel était tracé une carte du pays, se leva, et reposa le rouleau sur une étagère avant de se tourner vers l'unique fenêtre de la pièce par laquelle on pouvait voir le soleil tomber sur la mer.
Il avait échoué dans sa mission. Enthros lui avait échappé, et il ne pouvait pas même prévenir sa mère.

Il se sentait si vieux, si inutile. Lui aussi était au crépuscule.

Mais il aurait tant aimé revoir Ambre avant de mourir...
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